Journal Le Pouce du lundi 03 Décembre 2007
BAVURE AU GRAND MARCHE
Des loubards de Boubacar Djigué battent à mort Aba Maïga !
De plus en plus, certaines personnes demandent des services des gros bras, pour assurer leur sécurité sans en mesurer les conséquences. Les bavures que ceux-ci peuvent causer dans l’accomplissement de leur travail, sont en effet à craindre. Aujourd’hui, c’est devenu une mode très en vogue de voir des personnalités de la société civile, des opérateurs économiques, se faire accompagner par ces jeunes vigiles, qui pour la plupart, ne savent ni lire ni écrire et qui n’ont reçu aucune formation pour assurer la sécurité. Et pourtant, les forces de sécurité sont mieux indiquées pour assumer cette mission avec efficacité. Hélas, par méconnaissance ou par simple entêtement, on continue par faire recours aux services de ces brutes au cerveau vide!
L’Etat qui aurait dû intervenir pour réguler ce secteur très sensible, ne lève même pas le petit doigt. Conséquences : les bavures se succèdent et ne se ressemblent pas.
Ce qui s’est passé le samedi 1er décembre 2007au grand marché de Bamako, à l’ex-immeuble ‘‘Maurel et Prome’’, et plus précisément devant les établissements Boubacar Djigué et frères, est simplement révoltant ; dépassant l’entendement et nous interpelle tous ; autorités aussi bien que citoyens. En effet, il y a eu mort d’homme et non assistance à personnes en danger !
Le jeune commerçant Almahady Maïga dit Aba, domicilié à Badalabougou, âgé de 31 ans, vendeur de produits cosmétiques à la Place de République, a été froidement abattu dans une ruelle du grand marché par des loubards recrutés par Boubacar Djigué. Blessé grièvement et transporté à l’hôpital, Aba succombera des suites de ces blessures.
Au fait, comment en est-on arrivé à cette situation dramatique ?
Selon nos sources, un bras de fer opposait les jeunes commerçants de la rue Mohamed V et Boubacar Djigué, propriétaire de la boutique qui est la pomme de discorde. Tout est parti d’une histoire de terrasse dont le propriétaire de la boutique, Boubacar Djigué avait interdit l’accès aux commerçants détaillants du voisinage. Pour que cette mesure d’interdiction soit respectée, il recrutera des loubards pour garder les lieux. Non seulement, ses loubards ont interdit à Aba et à ses amis commerçants de s’installer sur la terrasse de la «boutique Boubacar Djigué et frères», mais également, ils ont interdit à ces jeunes d’occuper l’endroit autorisé par les responsables chargés de la gestion du lieu.
Toujours selon nos sources, le samedi 1er décembre 2007, aux environs de 12h, le vendeur de produits cosmétiques Aba a voulu traverser la cour de «la Boutique Boubacar Djigué & frères» pour aller acheter son repas. Sur la route, il est intercepté par deux loubards qui ont crié: «Au voleur !» (pour faire cyniquement croire qu’il s’agit d’un voleur !). Du coup, les deux loubards se sont mis à tabasser Aba sous les yeux impuissants de ses amis et des passants.
«Ils le cognaient sans arrêt sur sa tête jusqu’à ce qu’il soit terrassé. Nous avons alerté la Protection Civile qui l’a aussitôt transporté à l’hôpital. Une fois arrivé à l’hôpital, on nous a demandé de faire une radiographie. Juste quelques minutes après la radio, il rendit l’âme. Il y avait des fractures sur sa tête », s’est confié un témoin oculaire. «Avant d’en arriver là, Boubacar Djigué nous disait avec orgueil que ses loubards tueront tous ceux qui s’installeront devant sa boutique et que l’argent réglera la suite », a-t-il jouté.
Saisi par l’affaire, les gendarmes du Camp I arrêteront «Barssa», l’un des deux loubards qui ont passé à tabac le jeune commerçant Almady Maïga alias Aba.
Adama DIARRA
PARTI CITOYEN POUR LE RENOUVEAU
Ousmane Ben Fana bientôt destitué ?
La création du Parti Citoyen pour le Renouveau (PCR) avait été saluée par de nombreux Maliens, même si les observateurs avisés émettaient des réserves par
rapport à sa longévité. Le constat est qu’il règne en ce moment au sein du PCR un climat de mécontentement généralisé. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est partie de la composition du
gouvernement de Modibo Sidibé. Rien ne va plus entre le président Ousmane Ben Fana Traoré, son secrétaire général Modibo Soumaré et de nombreux membres du bureau national du PCR.
Ils sont nombreux a boudé, depuis quelques moments, les réunions ordinaires et extraordinaires du parti. La majorité écrasante est pour le départ de Ousmane Ben Fana Traoré qui a failli en venir aux mains avec son secrétaire général au cours d’une réunion. Depuis le Dr Soumaré et autres indignés ont arrêté toute activité au sein du parti ; et ce, jusqu’à nouvel ordre.
Ousmane Ben Fana Traoré qui rentre d’une rencontre de l’internationale libérale, aura en face de lui de vrais bagarreurs, prêts à le déposer à l’occasion d’un congrès dont la date sera fixée sous peu. Le PCR n’aura pas comblé les attentes de ses militants et sympathisants. Ces détracteurs avaient raison de prédire que les jeunes dirigeants de leur formation politique n’allaient pas s’entendre. Le doigt est surtout pointé sur Ousmane Ben Fana Traoré qui a pris trop de goût pour les responsabilités et qui ramène tout le parti à lui seul. On va lentement et sûrement vers son...destitution. Va-t-il l’accepter ? En tout cas, rien ne va au PCR. Aucun maquillage ne saurait le démentir. Cadres et militants en ont ras-le bol. La rupture politique entre le Président et certains de ses camarades clés est une réalité.
Le Parti Citoyen pour le Renouveau (PCR) est un parti jeune sur l’échiquier politique national. Né d’une scission du Mouvement Citoyen, le PCR s’est montré
au départ très ambitieux ; non pas pour conquérir le pouvoir, mais dans le cadre du soutien à ATT et d’effort sur le terrain, pour mieux s’implanter sur l’échiquier politique national. Il
aura fallu une volonté ferme pour mettre en place ce parti, puisque les initiateurs n’ont pas bénéficié du soutien des hauts responsables du Mouvement Citoyen. Qu’à cela ne tienne, grâce à la
perspicacité des initiateurs, le parti a vu le jour et sa première participation aux élections remonte aux derniéres élections législatives partielles. Pour les élections législatives de 2007, le
PCR qui misait gros n’a pu avoir qu’un député en commune III du District de Bamako en la personne de Mme Touré Safiatou Traoré.
Après ces élections les responsables du parti sont à présent à couteaux tirés. Ceux qui espéraient tant devenir membres du gouvernement ont été
désillusionnés.
Il semblerait que cette déception a ses origines dans les incompréhensions au sein de l’instance dirigeante du parti qui a pris la mesure de l’égoïsme des uns et des autres. Dès lors, le parti
est à la croisée des chemins.
Selon certains de ses initiateurs, il y a lieu de prendre ses responsabilités pour sauver ce qui peut encore l’être. Cela est pertinent quand on sait que
plus on laisse perdurer les problèmes moins il devient facile de les résoudre.
Avec cette conviction de certains ténors du PCR, il faut s’attendre à ce que des remues ménages interviennent dans les prochaines semaines.
Selon les mêmes sources, il n’est pas exclu qu’on en arrive à l’organisation imminente d’un congrès extraordinaire, pour mettre de l’ordre dans la maison !
Ainsi, les membres du parti, considérés comme étant responsables des problèmes qui le minent aujourd’hui, seront purement et simplement remerciés.
Parmi eux, il est de plus en plus question du président Ousmane Ben Fana et d’autres camarades qui ont d’ailleurs été cooptés par les premiers initiateurs du PCR. C’est donc un grand
bouleversement qui s’annonce au PCR. L’objectif visé par cette décision est d’insuffler une nouvelle dynamique au parti, afin de faire efficacement face aux élections communales, les dernières
élections régulières avant la fin du second mandat du président Amadou T Touré. Cette détermination des ténors du PCR marque leurs ambitions pour les échéances futures. Ont-ils les moyens de
leurs ambitions ? Tout est surtout une question d’organisation, de méthode et de détermination. Pour eux, il s’agira de transformer le PCR en un véritable parti républicain, résolu à
continuer la marche vers un parti politique d’envergure, capable de relever les plus grands défis qui se posent aux formations politiques de notre pays. Ils ont donc un travail de titan à abattre
pendant ce second mandat d’ATT, pour être au rendez-vous des élections qui consacreront la succession de celui-ci. Ces responsables ont donc devant eux un exercice de remise en cause de soi, qui
passe par un ménage sans complaisance. Espérons seulement que le parti en sortira grandi après la destitution de son président.
Tiémoko TRAORE
8ème FEBAK
Un espace privilégié d’affaires
Décidemment, le président de la République ATT aura eu un week-end très chargé. C’est de Tombouctou où il a procédé le matin du 30 novembre 2007
dernier à la mise à l’eau du Canal de la ville, que le commando parachutiste a sauté dans l’après-midi, sur le site de la foire avec l’importante délégation qui l’accompagnait.
En l’absence du Premier Ministre en mission à Djeddah, l’honneur est revenu au ministre de l’Emploi et de la Fonction publique Iba N’Diaye (intérimaire), d’accueillir le président de la
République. Il avait à ses côtés Jeamille Bittar, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali.
Depuis trois éditions la BDM-SA est le sponsor officiel de la foire Exposition de Bamako, une foire professionnelle pour la promotion des produits, des entreprises. Sur ce haut lieu de rencontres
d’échanges où se tissent de réelles relations entre opérateurs, nous avons constaté la présence des Tunisiens, des Marocains, des Sénégalais, des Asiatiques.
Le maire du District de Bamako Adama Sangaré a dit que la FEBAK, c’est le signe particulier d’un Bamako qui garde son âme depuis qu’il existe. Au delà de la compétition, la FEBAK est un
rendez-vous du donner et du recevoir qui ambitionne de créer un réel pôle économique à Bamako en vue d’aider, de contribuer à consolider notre croissance économique nouvellement
émergeante.
Nous vous proposons un extrait du discours de Jeamille Bittar, Président de la CCIM
«La cérémonie solennelle d’ouverture de la 8ème édition de la Foire Exposition Internationale de Bamako revêt aux yeux des opérateurs économiques du Mali un évènement de haute portée nationale, sous régionale et internationale.
La volonté politique des plus hautes autorités de l’Etat, mais aussi et surtout l’engagement personnel de Son Excellence le Président de la République à travers des actions concrètes ont permis au secteur privé malien de jouer pleinement le rôle qui est le sien dans la création des richesses nationales indispensables à tout progrès économique social et culturel.
Nous nous réjouissons du fait que la FEBAK constitue de plus en plus un espace d’affaires mais aussi et surtout un cadre d’échange et de partenariat qui gagne sans cesse en crédibilité à chacune de ses éditions.
La présente édition se veut surtout une Foire professionnelle basée sur la promotion des produits et des entreprises.
Pour la présente édition, l’organisation de la FEBAK a enregistré la participation de plus 17 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Europe avec plus de 220 exposants, ce qui lui confère davantage l’enjeu qu’elle représente sur le plan international voire mondial.
Est-il un secret de polichinelle de vous annoncer que la 8ème FEBAK qui se déroule sur fonds propre, sera largement excédentaire et engrangera des retombées financières qui pourraient atteindre le Milliard pour le Trésor Public Malien.
Une motion spéciale est adressée à la BDM – sa sponsor officiel de la 8ème FEBAK, j’allais dire sponsor traditionnel de la FEBAK puisqu’elle en est à sa 3ème fois, toute chose qui concrétise et crédibilise ses missions de banque de développement et d’accompagnement des opérateurs économiques. Que les responsables de la BDM – sa trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude et l’assurance de notre collaboration franche et totale.
Cependant Excellence Monsieur le Président de la République, l’arbre ne doit pas cacher la forêt et aucune occasion n’est de trop pour évoquer la nécessaire reforme de notre institution consulaire, notamment la relecture des textes pour lui permettre de répondre efficacement aux exigences des temps modernes ».
Jeamille Bittar a saisi cette occasion solennelle et opportune pour adresser ses remerciements très sincères à tous les pays amis qui, par leur participation, rehausse la qualité de cet évènement mais aussi et surtout renforce les relations commerciales souvent millénaires qui lient les opérateurs économiques de nos pays respectifs.
Intervention de Mme la Ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie
« Les Maliennes et les Maliens par ma voix, vous expriment toute leur joie et leur reconnaissance pour avoir accepté de faire le déplacement de Bamako et de partager ces moments d’intenses activités commerciales, industrielles, artisanales et même touristiques », a indiqué Mme Ba Fatoumata Néné Sy.
Poursuivant avec son discours, Mme la ministre précisera : « Comme chacun le sait, la part du commerce africain représente seulement 2% du commerce mondial et porte essentiellement sur les produits naturels dont la transformation se fait hors du continent. Il s’en suit inévitablement la perte de la valeur ajoutée qui aurait produit des emplois dont le continent a fortement besoin ».
C’est pourquoi dira-t-elle: « Une des solutions à l’hypothétique question de l’immigration dont souffre la jeunesse africaine reste le renforcement des investissements pour réaliser non seulement des richesses, mais également créer des emplois dont la rareté constitue un véritable cauchemar pour la plupart des pays à travers le monde».
Consciente de l’impacte de la FEBAK, Mme la ministre fera savoir que: «Cette initiative de haute portée patriotique du secteur privé malien a révélé tout le bien que les pouvoirs publics attendent de ce secteur comme locomotive du développement économique durable. En effet, la FEBAK se positionne aujourd’hui comme un espace privilégié d’affaires et surtout d’échange qui gagne en crédibilité à chacune de ses éditions».
Mme Ba Fatoumata Néné Sy a donné l’a assurance aux opérateurs économiques que son département apportera toute son expertise pour faire de la FEBAK, au-delà de son caractère évènementiel et festif, un véritable forum du donner et du recevoir conformément aux orientations du Président de la République contenus dans sa récente lettre de cadrage, véritable feuille de route pour la mise en œuvre de son Programme de Développement Economique et Social (PDES) dont chacun des six axes prioritaires ne peut trouver sa plénitude sans l’implication du secteur privé et de la Société Civile.
Enfin, elle a exhorté la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali et toutes les structures d’encadrement du secteur privé à relever les défis majeurs d’un Mali économiquement fort que le Président de la République appelle de tous ses vœux.
Le Chef de l’Etat après la coupure a procédé à la visite des 300 stands d’exposition. Tout au long de cette visite, SEM Amadou Toumani Touré a échangé, en compagnie du ministre d’Etat sénégalais, avec les opérateurs économiques maliens et les étrangers participants à cette 8èeme édition. Un moment fort qui aura permis à ATT de jauger une fois de plus son aura
Auprès de cette couche dont l’importance n’est plus à démonter dans le développement économique du Mali et sur laquelle il compte pour réussir son PDES.
C’est autour d’un rafraîchissement que le Chef de l’Etat a pris congé après plus de 2 heures de visites des stands.
Youma
PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
Des infrastructures de taille pour le personnel
Le rêve est devenu réalité depuis le samedi 1er décembre pour le personnel de la présidence qui est logé dans des bureaux flambants neufs offerts à eux par la coopération sino-malienne. Ils n’ont plus qu’à se mettre au travail pour traduire concrètement le PDES, le cheval de bataille du président de la République Amadou T. Touré.
Les nouveaux bureaux du secrétariat général de la présidence de la République à Koulouba ont été inaugurés le samedi 1er décembre 2007 par le chef
de l’Etat Amadou T. Touré. C’était en présence des membres du gouvernement, de l’ambassadeur de Chine au Mali, l’entreprise chinoise, les anciens secrétaires généraux qui se sont succédés au
Mali. Le premier secrétaire général de la présidence fut Bakara Diallo, ancien gouverneur de Gao des années de l’indépendance, qui passe actuellement une paisible retraite chez lui à
Missira.
Cinq mois seulement après sa prise de fonction, le chef de l’Etat mettait l’administration au cœur de ses préoccupations. C’est pourquoi disait-il, un
gros effort d’équipement des administrations en matériel moderne et performant, sera fait. Sa volonté de bâtir une présidence moderne, se justifie si on remonte à son premier mandat
présidentiel.
Les travailleurs de la présidence bénéficient ainsi d’un environnement calme, flambant neuf, conviviale. Fruit de l’excellente coopération sino-malienne, l’immeuble est inauguré à deux niveaux et
contient 87 bureaux, 4 salles de réunions, une salle informatique. Cet imposant bâtiment, bâti sur une superficie de 7400m2 a été construit par une entreprise chinoise sur une période de18 mois
et est situé non loin du ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale.
L’ambassadeur de Chine au Mali a dit qu’au moment où ils allaient fêter le 47ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, il voulait remettre les clés de ce bâtiment au chef de l’Etat pour sceller ces relations. Cet immeuble constitue à leurs yeux un précieux cadeau offert par le peuple chinois au Mali.
Il faut signaler que les travaux d’architecture avaient été supervisés par le Premier ministre Modibo Sidibé, ancien secrétaire général de la présidence. Il a été indiqué que le style architectural de l’immeuble est le résultat d’un compromis entre l’expression d’une part, d’un style néo soudanais, à travers le traitement vertical des façades, la multiplication des arcades, les profils et les angles arrondis ou adoucis ; et d’autre part, la manifestation de l’ouverture sur l’architecture des temps modernes avec la partie chinoise.
Pour sa part le chef de l’Etat n’a pas caché tout le plaisir qu’il ressent en inaugurant ces nouveaux bureaux. C’est pourquoi, il a tenu à remercier la
République populaire de Chine à qui il a par ailleurs exprimé toute sa gratitude au peuple et à son président.
Ce bâtiment offert par le président chinois à titre gratuit vient magnifier une fois de plus la coopération entre nos deux pays.
Le président de la République a aussi annoncé que d’autres bâtiments comme la DAF et les logements seront à reprendre. Ils seront rénovés dans les
années à venir (le Palais de Koulouba). ATT a aussi parlé de la modernisation des installations et des commodités, tout en respectant l’architecture soudano sahélienne.
L’inauguration a pris fin par un cocktail. Vivement pour d’autres infrastructures du genre.
Sinaly
REBELLION AU NORD MALI
« La rébellion n’est pas un crime ! », plaide Ag Bibi
«Je suis un rebelle et fils d’un rebelle… » C’est par ces propos surprenants que le député élu
récemment à Abéïbara, s’est exprimé lors de l’atelier organisé par le FDR sur la sécurité, la stabilité et le développement dans l’espace Sahélo Saharien. L’honorable Ahmed Ag Bibi, puisque c’est
de lui qu’il s’agit, dans son intervention, s’est expliqué sans ambages. Nous vous proposons ici l’intégralité de ses déclarations… fracassantes.
« Moi, Ahmed Ag Bibi, je suis député élu dans la circonscription d’Abéibara, signataire de l’Accord
d’Alger de juillet 2006, également porte-parole de l’Alliance Démocratique pour le Changement (ADC).
D’abord, moi je suis un rebelle et fils d’un rebelle ; en même temps je suis malien et fier d’être malien. Donc, pour moi la rébellion n’est pas
un crime, c’est pour réclamer des droits. Depuis l’indépendance, nos ancêtres ont signé pour être malien, trois ans plus tard, il y a eu la rébellion de 1963. La cause était bien connue à
l’époque : le communisme. Après 40 ans, le sud a renversé le régime. Il y a des liens. De 1963 jusqu’à nos jours, nous n’avons rien vu dans la région de Kidal.
Et pourtant, il y a eu suffisamment de temps pour faire du changement dans le domaine du développement. En 1963 et 1997 il y a eu rébellion, tous les cadres arabo-touaregs qui ont été intégrés après le pacte de 1992, devraient être intégrés depuis l’indépendance. Malgré les difficultés et par manque d’une vision de solution malienne, ils n’ont trouvé d’autres moyens que la rébellion pour réclamer leurs droits. C’est pourquoi je dis que la rébellion n’est pas un crime ; mais pour entrer en possession de ses droits. Je propose qu’il y ait une conférence nationale malienne pour que nous discutions de nos problèmes, et nous arriverons à trouver une solution inch allah.
Depuis toujours, le nord, plus précisément la région de Kidal ne connaît que les horreurs de la guerre. Il faut expliquer ce qui s’est passé depuis
1963. Beaucoup de choses se sont passées. Il y a eu des massacres et l’humiliation. C’est ça la solution malienne. De 1963 jusqu’en 1990, ces populations n’ont connu que la brimade, la prison
sous une administration militaire sévère. La Région de Kidal est gérée par une administration militaire sévère qui a carte blanche pour faire ce qu’elle veut. Là, on n’est loin de trouver une
solution. Si on n’est pas dans la même logique, on ne va pas s’en sortir.
La rébellion s’explique par toutes ces injustices.
Actuellement, la rébellion est menée par les enfants qui ont échappé au massacre de 1963. Le pacte de 1990 n’a pas été appliqué et nous savons que
plusieurs milliards ont été investis pour le développement des régions du nord. Tout cet argent a été détourné pour enrichir des individus malveillants, chargés de la gestion de ses fonds. Ce
problème de détournement à aggraver le problème du Nord. Kidal ne reçoit pas grand-chose par rapport au Sud ; ça il faut le savoir. Nous demandons à nos frères du Sud d’accepter le partage.
Nous sommes des frères et des associés.
Il y a une commission bilatérale entre l’Algérie et le Mali, mais ces deux pays, c’est-à-dire mon pays et l’Algérie n’ont pas la volonté de gérer le problème. C’est pourquoi tous nos produits viennent de l’Algérie par contrebande. Ce n’est pas légal ! La région de Kidal est la plus enclavée du pays. A chaque saison sèche, des hommes et les bétails meurent de soif. A Kidal, il n’y a aucune véritable route, même pas un centimètre de route bitumée.
Il n’y a ni hôpital pour les hommes ni de vétérinaire pour les animaux. Kidal, contrairement à toutes les régions du pays, n’a pas accès à l’eau ; ça tout le monde le sait. Nous les rebelles, nous demandons qu’il y ait des routes bitumées à Kidal, mais ces routes profiteront à tous le Mali entier. Tous les maliens emprunteront ces routes…
Cessons de rendre Kidal responsable des maux de ce pays. Il faut avoir le courage d’accepter le problème que nous vivons. On dit que c’est un problème récurrent, parce que on n’a pas cherché de solution. La solution ne se trouve pas à l’extérieur, c’est seulement nous qui pouvons la chercher. C’est un problème maliano-malien.
Réunissons-nous au tour du pacte et nous trouverons la solution malienne à ce problème qui n’a que trop duré !»
Propos recueillis par
Adama DIARRA
FDR
Un atelier sur le Nord-Mali
Face à la situation qui sévit au nord du Mali, le Front pour la Démocratie et la République (FDR), a organisé les 30 et 1er décembre 2007 derniers, un atelier sur la sécurité, la stabilité et le développement dans l’espace Sahélo Saharien. Ledit atelier a regroupé non seulement les membres du FDR, des représentants du gouvernement, la société civile, mais aussi les pays voisins qui connaissent le même problème d’insécurité à savoir le Niger, la Mauritanie. Les honorables et autres membres du Nord-Mali ont pris part à cet atelier de deux jours. Les travaux de ces deux jours était dirigés par le nouveau président du FDR, Tiébilé Dramé.
Deux tables rondes étaient au programme dont les thèmes étaient : « Les causes, manifestations, conséquences et caractéristiques des rébellions au Mali et au Niger » et «Les nouvelles dimensions de la crise du Nord : Trans-nationalité, trafics de drogue, de cigarette, circulation des armes, islamisme».
A travers cet atelier, le FDR entend rechercher et apporter des réponses démocratiques durables à une crise qui dure.
Par ailleurs, le FDR et les participants à cet atelier, en plus des solutions et des efforts du gouvernement du Mali, comptent proposer des réponses émanant de la société civile, des organisations et partis démocratiques des pays de l’espace sahélien. Et ce, pour améliorer la gouvernance et impulser un développement durable dans ces régions.
Pour le représentant de la Fondation Friedrich Hébert, Daouda Doumbia, l’initiative du FDR à s’attaquer à la crise du Nord-Mali, qui tient en haleine
tous les citoyens maliens est à saluer. « Aucun développement n’est possible sans la sécurité et la paix » a-t-il ajouté.
Adama DIARRA